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Jumat, 07 Februari 2020

Stefan Zweig (essai français)

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Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française

Stefan Zweig (essai français) Details

« Il y a un mystère Zweig : j’ai écrit ce livre pour tenter de le percer. Comment un écrivain aussi secret et discret a-t-il été capable d’allumer un feu chez ses créatures romanesques et de le faire partager à ses lecteurs ? Ce sont les origines de ce feu que j’ai cherché à découvrir à travers les péripéties de sa vie. Je suis allée à Vienne et à Salzbourg, dans cette Autriche finissante avec laquelle Zweig a entretenu des rapports si complexes d’amour-haine, puisque ce pays a été sa véritable patrie et la source de tant de souffrances. Je suis allée au Brésil, à Petropolis, haut lieu de son suicide et de son désespoir. Homme de passion, sous son élégance MittelEuropa, c’est un écrivain qui se livre difficilement. Il faut partir à sa recherche, décrypter ses amours et ses amitiés. Ce parfait homme de lettres en apparence est un artiste qu’attire la foudre – les folies d’Amok ou les tabous de la vie des femmes, que celles-ci osent à peine s’avouer à elles-mêmes, leurs voluptés secrètes. Ami de Romain Rolland, d’Emile Verhaeren, de Thomas Mann, de Joseph Roth, tous grands Européens qui croyaient comme lui à la paix, à l’amitié, dans un monde ouvert et concilié, cet écrivain raffiné, choyé par les élites, aurait pu demeurer comme l’archétype d’une civilisation disparue. Son prodige est d’avoir réussi à conquérir aujourd’hui un si vaste public. Loin de rejoindre dans les bibliothèques les auteurs à demi oubliés de son temps, Zweig rayonne. Il continue de séduire. On aime son style, rapide et sûr. Sa compassion, inégalable. Sa sensibilité d’écorché vif. Peut-être aussi les lueurs sombres, les fumées délétères de son œuvre, qui correspondent si bien à nos angoisses, à nos tourments contemporains. Zweig était lui-même biographe : auteur de livres qui sont des modèles du genre, Marie Stuart ou Marie-Antoinette. C’était pour moi une dette d’écrire à mon tour sa biographie : tenter de rendre vivant cet homme de passion dans une biographie passionnée. »

Reviews

Rompue à l??exercice biographique, Dominique Bona réalise un portrait passionnant et nuancé de l??écrivain autrichien, Stefan Zweig (1881-1942). Elle perce à jour la personnalité complexe de Zweig, se fondant minutieusement sur son éducation, ses relations amicales, amoureuses et mondaines, d??autre part sur l??analyse de son ?uvre. Elle restitue parfaitement le contexte social, économique, politique et moral dans lequel se déploie la vie de Stefan Zweig, inextricablement liée aux soubresauts historiques.Ce qui frappe d??emblée dans la personnalité de Zweig, c??est son ambivalence : il apparaît policé, chaleureux, lumineux en société ; sa délicatesse, sa pondération, son raffinement et sa culture y font merveille. Ceci dit, une fébrilité fiévreuse teintée de mélancolie couve en profondeur. Par pudeur et distinction, il musèle en public les forces obscures et souterraines qui le tenaillent. Il s??en délivre partiellement par l??écriture de fictions dans lesquelles il imagine des personnages prisonniers de leurs passions ou emportés par leur exaltation. Ses textes retranscrivent le hiatus entre les exigences morales qu??impose la société et les impulsions profondes et troubles ancrées en chaque individu.Zweig, lecteur avisé de Freud, a parfaitement perçu le dilemme (le drame ?) qui échoit à l??homme civilisé tiraillé entre son assimilation sociale et son bouillonnement instinctuel, démoniaque diraient certains. La finesse psychologique dont Zweig fait preuve dans ses textes, aussi bien dans ses nouvelles que dans ses biographies, constitue le levain de sa réussite littéraire mondiale. Interprète sensible des oscillations de l??âme humaine, artisan d??un inconscient dynamique propre à susciter la confusion des sentiments, il se plaît à décoder les déclics ou les coups du hasard qui libèrent les énergies latentes de l??homme dont l??amok est le paroxysme funeste : « Seuls les moments de crise comptent dans une vie ». Le sceau de la dualité semble également marqué son rapport aux femmes : Zweig réserve ses sentiments amoureux et mous à sa femme Friderike, compagne entièrement dévouée, tandis qu??il s??adonne en parallèle à une sexualité relativement débridée.Hormis les parenthèses solitaires consacrées à l??écriture et à la lecture, Zweig occupe son temps à voyager et à rencontrer des artistes et des intellectuels de tous pays dont beaucoup deviennent ses amis (Romain Rolland, Jules Romain, Sigmund Freud, Emile Verhaeren, Arthur Schnitzler, Herman Hesse, Richard Strauss?). Fervent défenseur d??une Europe unie et pacifiée, polyglotte patenté (il parle couramment l??allemand, l??anglais, le français, l??italien), il ne cesse de prêcher la compréhension et la tolérance entre les peuples, notamment lors de ses nombreuses conférences. La première guerre mondiale ébranle nettement sa confiance en l??homme. Il prend ses distances par rapport à la politique prompte à semer la discorde, le fanatisme, voire le sang et l??horreur.Dans les années 30, il se désole de la propagation de deux idéologies totalitaires, le nazisme et le communisme. Esprit indépendant et tempérant, il se dérobe à tout engagement, tout militantisme, tout embrigadement collectif, ce que d??ailleurs lui reprochent certains confrères. Il réagit à l??oppression, non pas par une attitude vindicative ou aboyeuse, mais par l??affirmation stoïque de ses valeurs humanistes. Pressentant le pire, il quitte sa patrie en 1934, à contrec?ur, initiant par là-même son parcours de juif errant (Angleterre, Etats-Unis, Brésil). Au début des années 40, sa désespérance s??amplifie proportionnellement à l??expansion nazie et à la mondialisation du conflit. Il s??exile à Petrópolis au Brésil où l??exubérance locale et la quiétude le réconfortent à peine.Finalement, en 1942, il s??y suicide avec sa seconde femme, Lotte, en avalant une dose massive de barbituriques, « heureux de pouvoir sortir d??un monde devenu cruel et fou ».

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